vendredi 30 janvier 2009

Les "bienfaits" de l'Amérique

Au cours d'une histoire contemporaine plutôt chahutée, le Guatemala a connu deux présidents démocratiquement élus (Arevalo et Arbenz, 1945-1954), de gauche, qui ont tenté de mettre sur pied un programme social plus juste et une réforme agraire; cette dernière mettait en péril les bénéfices de la toute-puissante United Fruit... Les USA organisèrent une invasion du Guatemala à partir du Honduras, dirigée par des officiers guatémaltèques en exil, Arbenz fut renversé et la réforme agraire mise au placard.
Au nom de la liberté et de la lutte contre le communisme, les USA ont soutenu tous les régimes d'extrême-droite qui ont suivi, fournissant des armes, de l'argent, des formateurs militaires, et femant les yeux sur les tortures, exactions, assassinats et massacres, et cela jusqu'à la présidence de Clinton !
En 2006, le Guatemala ratifie l'ALEAC, un accord commercial de libre-échange entre les USA et l'Amérique centrale, supposé améliorer les conditions sociales; pourtant les problèmes de pauvreté ne font qu'augmenter, ainsi que ses corollaires, l'immigration et le trafic de drogue.
Le président actuel est un social-démocrate, après 50 ans de pouvoir de la droite; qui vivra verra.

mercredi 28 janvier 2009

Société machiste


Sûrement pas une découverte pour mes lecteurs avertis... Etre femme au Guatemala n'est pas vraiment enviable, surtout dans les classes pauvres. Confinées à la maison, souvent dans un grand dénuement, grossesses à répétition, victimes de violences domestiques, confrontées à l'alcoolisme; jeunes indiennes honteusement exploitées comme employées de maison, sans protection sociale... Ce tableau très noir est malheureusement véridique. Heureusement l'instruction est maintenant obligatoire (en principe) et le sort des Indiens commence à révolter les consciences. Mais le chemin est encore long.

Photo: tissage traditionnel par une Indienne quiché

Activité à soutenir, car on favorise l'emploi et la conservation d'un savoir-faire; ne pas trop marchander, quelques dollars peuvent faire la différence dans ces pauvres foyers...

Le syncrétisme religieux


Les Mayas ont continué à pratiquer leur religion au cours des siècles, et pour s'imposer, les missionnaires catholiques ont dû composer avec les rites chamaniques. Les principales divinités mayas se sont identifiées aux saints chrétiens. Ainsi San Simon (ou Maximom pour les Ladinos et Rilaj Maam pour les Indiens) semble être un amalgame entre les dieux mayas, le conquistador Alvarado et Judas Iscariote...

La religion catholique est majoritaire et le culte des saints florissant à l'origine de nombreuses fêtes. On note cependant une forte poussée des sectes évangéliques protestantes; pour y résister les prêtres catholiques insistent sur la justice sociale et la défense des droits de l'homme, ce qu'ils n'ont pas toujours fait en se rangeant souvent au cours de l'histoire du côté de l'élite dirigeante et en prêchant la résignation.
Photo: le fameux Maximon, qui ressemble plutôt à un fétiche; il reçoit de nombreuses offrandes, rhum, cigarettes, argent, objets divers; me fait penser aux offrandes de vodka dans les temples bouddhistes de Bouriatie !

dimanche 25 janvier 2009

Le problème indien (ébauche)


Environ 60 % de la population, descendants des Mayas vaincus par les Consquitadores. Sur la carte ci-jointe, les principaux groupes, différenciés par leurs dialectes, toujours parlés dans les communautés; un des problèmes est que ces populations ne se comprennent pas entre elles, et un autre qu'elles ne comprennent pas non plus l'espagnol, langue officielle du pays.

Les traditions anciennes ont été jalousement conservées, et opposées à une modernité jugée mauvaise; il en résulte analphabétisme et inadaptation à la société.

Les Indiens se situent à la dernière place dans la pyramide sociale; l'élite est Blanche, la classe moyenne constituée des Ladinos, métis descendants des premiers Espagnols et des indigènes.

Ils ont toujours été exploités, esclaves ou travailleurs mal payés dans les fincas. Trompés par les grands propriétaires (on pouvait leur faire signer des contrats qu'ils ne comprenaient pas), spoliés de leurs terres, maltraités comme domestiques, honteusement méprisés, considérés comme des sous-hommes. La conscience politique leur est venue tardivement, sous l'influence communiste; la guerilla, bien que durement réprimée, a lutté... 36 ans avant la signature d'accords de paix, en 1996, accords restés souvent lettres mortes.

Rigoberta Menchu


Peut-être une des citoyennes guatémaltèques les plus connues en Europe, lauréate du Prix Nobel de la paix en 1992.

Je me suis donc attelée à sa longue autobiographie, rédigée par Elisabeth Burgos sous sa dictée. Le style est parlé, rempli de répétitions, de digressions et parfois de contradictions. L'impression est celle d'une femme entre deux mondes, entre tradition et modernité, et d'une révoltée courageuse et obstinée contre l'injustice faite à son peuple, les Indiens mayas.

Car elle est Indienne Quiché, et a grandi comme toutes les filles de sa condition, dans un village des Hautes Terres, misérable et soumise au travail d'esclave dans les fincas (plantations) de café ou de canne à sucre.

Elle a rejoint la guerilla en lutte contre les différentes dictatures militaires des années 80, et oeuvré à la conscientisation des masses indiennes, peu instruites et exploitées; plusieurs membres de sa famille ont été torturés et assassinés; elle-même a fui la répression au Mexique. L'argent reçu pour le prix Nobel lui a permis de créer une fondation qui lutte pour différentes causes, notamment la défense des droits de l'homme.

Elle s'est présentée aux dernières élections présidentielles (2007) mais, à la surprise générale, n'a obtenu que 3% des voix...

Son livre est un témoignage passionnant (bien que confus) sur les années noires et surtout un document inestimable sur les coutumes mayas.

vendredi 23 janvier 2009

Les Mayas au British Museum


Escapade à Londres hier et visite de la "Mexican Room" au British Museum. A côté d'objets aztèques de toute beauté, une série de linteaux mayas de Yaxchilan. C'est une chose de voir ces linteaux en photo dans les livres et une autre de les voir en réalité. J'imagine que j'aurai un choc sur place. De toute beauté ! Précision, finesse, complexité des motifs, du grand art quand on sait que les Mayas ne disposaient pas d'outils métalliques, seulement d'outils de pierres... La fameuse scène d'automutilation que je vous présente dans un précédent message, la corde à noeuds qui passe dans la langue, se trouve là.

Veillant sur la porte, deux stèles géantes en provenance de Copan. Ouf, ce sont des copies, réalisées à partir des moulages de Maudslay, un explorateur anglais de la fin du 19ème siècle. Un travail de titan, nécessitant 4 tonnes de plâtre et 250 kilos de papier (il faisait des moulages en papier mâché). Même fausses, elles sont superbes.
Photo: un linteau représentant uns scène de victoire.

mercredi 21 janvier 2009

Contre la tyrannie


Cet autre livre d'Asturias, inspiré par le régime du dictateur Cabrera (1857-1924, président du Guatemala de 1898 à 1920), est une sombre description de tous les régimes dictatoriaux, et à ce titre intemporel et universel. Me fait penser à beaucoup d'égards au "Premier cercle" et au "Pavillon des Cancéreux" de Soljénytsine. Un livre très noir, hommage à toutes les victimes des dictatures d'Amérique latine, et - bien que ce soit abordé de façon secondaire - aux injustices dont furent (et sont encore) victimes ces êtres considérés comme des sous-hommes, les Indiens.